Comment rendre le citoyen acteur de la ville de demain ?

En 2006, une nouvelle ville émerge à Abu Dhabi avec un objectif fou : faire de cette ville, Masdar, une “Smart city” neutre en carbone, vitrine de l’ambition écologique du gouvernement. 50 000 habitants sont attendus d’ici 2020. Il n’en viendra que 2 000, principalement des chercheurs et étudiants, et les 1 500 entreprises espérées ne s’implantent pas. La cause de cet échec patent ? Un projet hors-sol, réalisé sans les citoyens. L’enjeu pour la ville de demain ? Mobiliser ses habitants avec un seul objectif en tête : une ville collaborative, inclusive et créative au service des citoyens.

 

MIEUX SERVIR LES CITOYENS, FINALITE DE LA VILLE INTELLIGENTE

 

Afin d’être un succès populaire et politique et de justifier les investissements réalisés, les projets de ville intelligente se doivent de répondre à l’attente première de leurs citoyens : leur faciliter le quotidien. Mis en confiance, convaincus, il sont alors plus à même de mettre à disposition leurs données, indispensables au fonctionnement des nouveaux services : localisation en temps réel, préférences de consommation, dépenses énergétiques en temps réel, etc.

Améliorer la vie au quotiden

MOBILISER SES CITOYENS, INSTRUMENT DE LA VILLE INTELLIGENTE

 

La démarche focalisée sur les citoyens est un levier majeur pour sécuriser l’adéquation du projet aux attentes des citoyens et instaurer une dynamique de transparence. La ville intelligente doit ainsi permettre un renouveau démocratique en mettant l’accent sur la participation des citoyens à la vie de la cité :92% des communes intelligentes les consultent à l’aide de méthodes traditionnelles présentielles, 69% par les réseaux sociaux ou applications mobiles, et 56% par un espace dédié sur le site internet de la mairie[1].

Cette dynamique se matérialise par le lancement de différentes démarches collaboratives :

  • Le budget participatif : après avoir signé une charte de démocratie participative, la ville de Rennes a lancé “La Fabrique Citoyenne”, initiative permettant d’allouer une partie du budget d’investissement (3,5 millions d’euros en 2019) pour des projets proposés puis départagés par les citoyens. 47 communes ont déjà adopté cette formule ! En 2018, pour la seule ville de Rennes, 28 projets lauréats ont été financés parmi 525 dossiers déposés. Par ailleurs, une démarche de concertation citoyenne a été lancée, consistant en des ateliers thématiques sur la ville que l’on souhaite pour demain.
  • Les réunions de quartier : la ville d’Angers a fusionné les Conseils de Quartier et les Conseils Citoyens afin de renforcer leur compétences et leur impact, en invitant par exemple les citoyens à proposer des aménagements des espaces publics. Les projets doivent y être soumis avant une date butoir et répondre à l’intérêt général. Un vote aura ensuite lieu pour sélectionner les projets à financer.
  • L’expérimentation citoyenne : l’initiative “100% contacts efficaces” du Secrétariat Général à la Modernisation de l’Action Publique (SGMAP) réalise des tests grandeur nature en expérimentant sur le terrain, avec les usagers, des nouvelles pratiques. Par exemple, afin de développer les espaces personnels sur les sites internet de l’Assurance maladie, un test de la structure du site a été réalisé auprès d’usagers avant de commencer à réaliser le site en lui-même.
  • Les challenges innovation : le Tuba (tube à expérimentations urbaines), a réuni, lors d’un Challenge des Idées autour de Lyon, plus de 900 participants sur les problématiques de démocratie participative.

 

ACCOMPAGNER SES CITOYENS, CONDITION DE SUCCES D’UNE VILLE INTELLIGENTE

Fracture numérique

Tous les citoyens n’ont pas un accès à internet de qualité, ou ne souhaitent pas la digitalisation à tout prix. Une ville intelligente est avant tout une ville qui s’adapte à son territoire et à ses habitants, prenant en compte les fractures sociale, numérique, économique. D’une part, elle doit développer une offre de services digitaux comprenant un accompagnement des citoyens les moins à l’aise : bornes d’accès à Internet, formations, ergonomie des applications, etc. D’autre part, elle doit mettre l’accent sur le pan non-digital de la ville intelligente en améliorant par exemple l’accueil physique et téléphonique, le traitement des courriers, les outils de démocratie participative, etc.

 

UNE JOURNEE DANS LA PEAU DU CITOYEN D’UNE VILLE INTELLIGENTE

Une ville intelligente se doit d’être conçue pour ses citoyens, en les impliquant dès le lancement du projet dans la conception de leurs usages de demain. Pour la collectivité, placer l’usage de ses administrés au coeur des préoccupations permet de sécuriser la pertinence de ses investissements et leur impact politique et sociétal. Pour les citoyens, cela permet une réappropriation de leur ville : si la ville intelligente peut avoir pour effet d’attirer de nouvelles personnes, elle doit avant tout être pensée par rapport à ceux déjà présents, à l’inverse du projet de MasdarL’atout de la ville intelligente réside donc dans l’articulation des politiques publiques autour des citoyens, pour les citoyens, et par les citoyens.

Exemple de parcours citoyen dans une ville intelligente :

Parcours Smart Citizen

Grégoire Hinterlang

Consultant

gregoire.hinterlang@veolia.com